Libéractrice-accepter ses émotions négatives-confiance en soi

Accepter de traverser ses émotions négatives, la clé vers la liberté ?

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La roue de la vie représentant les différents aspects de l'existence

Grâce à mon voyage en Inde en 2017, j’ai réalisé qu’il n’était pas possible d’espérer être un jour pleinement heureux si l’on n’avait pas accepté la part de soi que l’on juge négative.

La tristesse, la peur, la colère, la violence, la souffrance, la cruauté, la mort…autant de choses si bien cachées dans nos sociétés que nous nous sentons même obligés de regarder des séries de zombies ou des films d’horreurs pour s’autoriser à vivre ce genre d’émotions.

Mais espérer que l’émotion puisse être libérée en la transférant sur un objet extérieur est une illusion.

La seule façon de s’accepter pleinement est bel et bien de plonger à l’intérieur de soi.

Pourquoi alors as-t’on autant de réticences à le faire ?

Nous avons peur de nous-même, peur de ce que l’on pourrait trouver : notre souffrance, notre haine, notre méchanceté, notre cruauté, les actions que l’on jugent mauvaises… Autant de belles aventures auxquelles on ne peut bien sûr pas échapper lorsque l’on entame un chemin vers soi.

Ce voyage en inde a été pour moi une souffrance du début à la fin. Je m’y suis sentie mal dès le troisième jour et jusqu’à mon retour à l’aéroport où je me suis mise à pleurer en réalisant qu’enfin j’étais sauvée et que je rentrais à la maison.

Je n’ai vu que la saleté, la misère, la pauvreté, la violence, la pollution, la colère, les hommes violeurs, la maladie, la mort. Ce voyage à été deux mois de plongée immersive dans le négatif. Dans tout ce que notre société mets en œuvre pour dissimuler avec brio.

Là-bas, tout m’explosait à la gueule, tous les jours et à longueur de journée.

J’ai détesté mon voyage. J’ai failli abandonné des centaines de fois. Et pourtant…je suis restée. Et j’en ai même redemandé, jusqu’à faire 40 heures de train en classe standard du sud au nord de l’Inde car j’avais entendu à nombreuses reprises que le sud était le paradis de l’Inde comparé au nord et que je voulais découvrir la vraie Inde.

Je n’ai pas été déçue du voyage en effet !

Le nord de l’Inde est la partie la plus polluée. Dans certaines parties, l’air à ce moment-là était irrespirable et les hôpitaux gardaient en quarantaine les nouveaux nés de New Delhi car leurs vies auraient été mises en danger dehors.

Je suis finalement arrivée à Varanasi après mes 40 heures de train. Varanasi a une odeur particulière, mais pas celle de la pollution…plutôt celle de la mort. Car c’est à Varanasi (anciennement Bénares) que certains défunts sont incinérés sur le bord du Gange sacré, afin que les cendres y soient répandues. Selon la mythologie hindoue, un corps brûlé ici échappe au cycle des renaissances.

Il suffit donc de se promener sur les quais pour apercevoir un corps en train de brûler.

Bizarrement, je n’ai pas été plus que cela secouée par cette vision. J’ai même trouvé cela plutôt sain comme tradition de pouvoir accompagner le défunt jusqu’au bout et que le corps soit visible. À Varanasi, je ne pouvais plus fermer les yeux pour éviter de voir tout ce que j’avais brillamment évité en France depuis toujours.

Pourtant si je reviens en arrière, lorsque je vivais à Paris, je ne pouvais pas passer devant un SDF sans ressentir une blessure au cœur, je passais la moitié de mes trajets en apnée pour ne pas sentir les odeurs d’urines tenaces dans les couloirs du métro ou l’air non respirable. Mais je me bouchais le nez, je mettais mon casque sur mes oreilles lorsqu’il y avait trop de bruit et lorsqu’un SDF montait dans la rame… je faisais semblant de dormir ! J’avais donc déjà connu ces ressentis négatifs, mais j’avais tout fait pour faire croire à mon cerveau qu’il n’avait rien vu, rien entendu, rien senti et je passais à autre chose.

Don’t take your brain for an idiot !

Cette fois, je suis là et je n’ai plus le choix. Je déambule dans les rues, je trouve tout horrible : les odeurs, la saleté, des mendiants avec des déformations que l’on ne pourraient même pas imaginer chez nous. Mais cette fois je ne ferme pas les yeux. Je regarde et j’observe. À ce moment-là, j’observe surtout ma colère. Je suis dans une colère immense, une colère qui ne fait que monter depuis le début de mon voyage. J’arrive à saturation. Je suis bientôt au bout du voyage.

Mais c’était sous-estimer mes derniers jours en Inde qui furent encore plus violents que le début.

En arrivant à Bodghaya – ville de l’illumination du Bouddha – je suis à bout et j’insulte le chauffeur de Tuk Tuk qui veut me faire payer plus que ce que je lui dois. Les deux jours qui suivent je me fait traquer par un motard qui repère mes moindres faits et gestes, il souhaite absolument que nous allions boire un verre. Puis un troisième jour où je me dis qu’il faut que je me détende et que j’accepte de faire confiance, jusqu’à ce que je comprenne finalement les intentions du soi-disant guide qui souhaite me faire voir le temple « caché ».  Je craque. Je ne tiens plus. Il est temps que ça s’arrête !

Et pourtant ! Jusqu’au bout l’Inde aura voulu me montrer l’horreur que je refusais de voir. En repartant de Bodghaya le chauffeur du Tuk Tuk se fait tabasser à coup de bâton alors que je suis assise à l’arrière, il a visiblement le bras cassé et il souffre énormément mais il continue sa route et me dépose à la gare…

Je prends mon train de retour jusqu’à Mumbai, décidément interloquée par ce pays et soulagée comme jamais en arrivant à l’aéroport.

Rentrée en France, la colère ne me quitte pas, je suis dans un état de noirceur que je n’ai jamais connu. J’en veux beaucoup à l’Inde et à l’humanité que j’accuse de tous les maux. Je ne comprends pas comment l’humain à pu en arriver là…un tel niveau de violence, d’agressivité, de colère, de pollution, de saleté…je finis par me dire que si c’est cela de vivre et d’être un humain…après tout à quoi bon ?!?

On ne voit que ce que l’on a besoin de voir !

Et puis un jour, lors d’une de mes méditations pour tenter d’apaiser cet état…Alléluia ! Je comprends enfin. Quelque chose m’avait déjà mis la puce à l’oreille : en échangeant sur l’Inde avec différentes personnes qui y ont voyagé, je me suis rendue compte que certains, voir la plupart, n’avaient absolument pas eu ce ressenti et n’avaient vécu que l’amour, la beauté et la spiritualité… comment une telle différence de ressenti est-elle possible ?

J’ai compris que ça n’était pas réellement en Inde que j’avais voyagé, mais dans mes noirceurs. J’ai alors compris à quel point ce pays m’avait apporté ce que j’avais besoin de voir à l’intérieur de moi-même. Je n’avais pas mal vécu l’Inde mais mon état d’être, qui, à ce moment précis de mon chemin vers moi, avait besoin d’aller explorer toutes les parties sombres de moi-même. Toutes celles que j’évitais depuis toujours.

J’avais donc été parfaitement au bon endroit, au bon moment, pour vivre ce que j’avais à vivre.

La colère que je vivais à l’intérieur de moi m’a fait rencontré toutes ces situations. Quel changement de point de vue lorsque l’on se rend compte que tout se passe à l’intérieur de soi et non à l’extérieur. Et pourtant j’en avais déjà une certaine conscience et expérimentation, mais j’avais juste oublié un petit détail…les faces sombres de moi-même.

À partir de cette compréhension, j’ai enfin été capable de remercier l’Inde et d’apprécier ce voyage pour ce qu’il m’a apporté : La complétude !

Depuis la nuit des temps pourtant nous le savons, tout est dualité : le féminin, le masculin; après la pluie vient le beau temps et le ying yang possède une face sombre et une face claire. Tout à coup, je voyais mon voyage sous un autre angle et réalisais à quel point la façon de vivre des Indiens étaient bien moins hypocrites que la nôtre.

Je visualisais également les images des divinités suspendues partout dans l’ashram où j’étais allée faire un séjour de yoga et réalisais que dans l’hindouisme – religion principale du pays et polythéiste – toutes les émotions et phases de la vie étaient représentées à travers ces différentes divinités et qu’une de ces divinités représente bien la colère, la mort, la souffrance…

Dans le cercle de l’existence, nous passerons tous par la mort, la souffrance, la haine, la cruauté et toutes ces choses considérées comme négatives et parfaitement refoulées dans nos contrées. L’Inde serait donc simplement une nation qui ne se ment pas à elle-même.


KALI, TUEUSE DE DÉMONS

Sans Kali, nous sommes inachevés. Nous sommes condamnés à errer dans un paradis d’ignorants si nous ne reconnaissons pas la part d’ombre qu’il y a en nous et le fait que nos vies sont toutes conditionnées par l’impermanence et la mort. Combien d’efforts déployons-nous pour éluder les vraies natures de la souffrance; celle-là même qui a poussé le Bouddha à chercher l’éveil.

En ouvrant la porte à Kali, nous acceptons l’expérience dans son ensemble.

Elle représente ces aspects de la vie humaine, ces terribles embûches sur le chemin.

Kali a toujours été associée au temps, aux périodes de transition, à l’imprévisible. Car le temps rattrape même les plus chanceux,ceux qui ont été épargnés par les épreuves de la vie.

Certes ses représentations sont effrayantes, mais Kali est célèbre, reconnue, et vénérée partout ou l’Hindouisme est pratiqué.

Dans une culture qui essayait de voir le monde comme un lieu raffiné et contrôlé, et c’est encore vrai aujourd’hui, Kali incarne l’existence du monde sauvage, incontrôlable et changeant.

Description de Kali par Deepak Chopra

La cruauté est-elle inhérente à l’être humain ?

Je me pose toujours la question. Toujours est-il qu’ouvrir cette porte intérieur et réaliser que moi aussi dans ma vie j’avais pu être cruelle m’a fait comprendre pourquoi je refusais de voir cela chez l’autre. En acceptant de regarder en face ma propre vérité et d’être honnête avec moi-même, je m’ouvre à la tolérance envers moi-même et envers autrui.

Je ne vais pas faire mes confessions ici, mais prenons un exemple tout bête : quel enfant n’a pas torturé un insecte ? Ou quel adulte n’est pas monté dans son véhicule sans réfléchir une seconde au fait qu’une voiture tue des milliers d’insectes à chaque trajet. Or pour les bouddhistes toute forme de vie se vaut et se doit d’être respecté.

La mort est partout, la cruauté est partout, la souffrance est partout…

Partant de ces simples constats, forcément nous allons pouvoir dresser une liste de nos innombrables « pêchés ». Mais là est tout le problème. Derrière la notion de pêché se cache la notion de culpabilité. Le poison de notre existence.

Si l’on cherche dans le cours d’une vie humaine, rares, voir inexistants, sont ceux qui pourront ne pas se reprocher d’avoir commis un acte qui puisse être considéré comme négatif. Et pourtant, à aucun moment nous n’envisageons d’accepter cette part de nous-même.

Chez les bouddhistes, la notion de culpabilité n’existe pas. Partant de ce point de vue, existe-t’il encore une raison de se dévaloriser lorsque nous vivons ou expérimentons des émotions négatives ? La notion de négatif peut d’ailleurs elle aussi être rattachée à notre contexte socio-culturel et à notre éducation. Il ne nous semble pas pensable d’envisager la polygamie dans notre pays, et pourtant elle est encore coutume dans d’autres et considérée tout à fait normale. De même que la peine de mort qui a été abolie en France – seulement en 1981 – mais qui est toujours en cours dans d’autres pays.

Alors si nous avions grandi dans un pays ou le port d’arme était autorisé, qui peut affirmer aujourd’hui que nous n’en posséderions pas une ?

Vouloir faire un chemin vers soi a bien évidemment pour but de s’apaiser, de se sentir heureux et de laisser derrière soi un jour ou l’autre tous ses démons, ses angoisses, ses peurs mais c’est sans oublier que l’on ne peut libérer que des émotions que nous sommes allés explorer.

J’ai choisi le côté clair et lumineux de la force, mais j’ai d’abord eu la volonté et la patience de parcourir mon côté obscur.

Je cesse d’avoir peur de moi-même. J’accueille et j’accepte tout ce qui se présente à moi et je vais regarder à l’intérieur et derrière cette souffrance où se trouve la lumière de la compréhension de moi-même. En acceptant que cette négativité fasse partie du tout, j’accepte aussi que plonger, lorsqu’il y en a besoin, dans l’observation de cette négativité est la clé pour me libérer.

Libéractrice-libérer ses émotions négatives-happiness is when you're free of anything who's haunting you
Gardons à l'esprit que tout est impermanence et que la pensée évolue elle aussi de seconde en seconde.

 La vie est un mouvement fluide continuel. Les textes présents sur cette plateforme ne sont par conséquences que des impressions de mon esprit figées dans le temps qu'ils me semblaient important de partager à cet instant.

 Merci de votre lecture.

Laure

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